L’équipementier Faurecia rachète Hella

L’équipementier Faurecia rachète Hella

C’est un mariage franco-allemand au sommet, qui raconte à la fois le destin d’une dynastie d’industriels allemands et la transformation de tout le secteur automobile. Samedi 14 août, l’équipementier automobile français Faurecia, expert des sièges et de l’intérieur, a annoncé la prise de contrôle de son concurrent allemand Hella, spécialiste des systèmes d’éclairage et de l’électronique de bord. Le groupe français rachète, en numéraire (3,4 milliards d’euros) et en actions, les 60 % de l’équipementier détenus par la famille d’industriels Hueck, qui cède le groupe fondé en 1899.

Pour acquérir le reste des actions, Faurecia proposera à l’automne aux autres actionnaires une offre de rachat. Le total de la transaction est estimé à 6,7 milliards d’euros, a déclaré l’équipementier français dans un communiqué. Le groupe ainsi formé va devenir le septième sous-traitant automobile mondial et le quatrième européen, derrière les allemands Bosch, Continental et ZF. Le rapprochement témoigne des grands bouleversements en cours sur le marché de la sous-traitance automobile, mû par une transition historique vers le zéro émission de CO2 et le numérique.

En raison des investissements considérables nécessaires pour cette transformation, une vague de consolidations et de fusions chez les équipementiers est anticipée depuis longtemps par les experts de la branche automobile. Faurecia et Hella affichent une complémentarité industrielle qui devrait permettre de préserver les sites de production, ont assuré les dirigeants. Jusqu’au bout, le suspense est resté entier sur le candidat qui saurait convaincre la famille Hueck de céder son précieux capital.

 

Pourquoi cette annonce est-elle importante pour l’industrie automobile ?

Le rachat de Hella par Faurecia, dans un premier temps à hauteur de 60% du capital de l’entreprise allemande pour 3,4 milliards d’euros, va donner naissance à un géant de la sous-traitance automobile. Le chiffre d’affaires consolidé des deux entreprises s’établira à 23 milliards d’euros en 2021, soit « le 7e fournisseur automobile mondial », indique Faurecia. Le groupe français entend augmenter significativement ses revenus d’ici à 2025, pour atteindre 33 milliards d’euros à cette échéance. « La combinaison de nos deux sociétés est une opportunité unique de créer un leader mondial des technologies automobiles », a expliqué Patrick Koller, PDG de Faurecia, cité dans le communiqué. Au total, la nouvelle entité aura une force de frappe de 36.000 ingénieurs.

 

L’atout allemand

Un univers où le PDG de Faurecia, Patrick Koller, nage comme un poisson dans l’eau. De nationalité franco-allemande, aussi à l’aise dans la langue de Goethe que dans celle de Shakespeare, il a précisément travaillé chez Hella. Il était donc bien placé pour aider son actionnaire, la famille Hueck, sans successeur désigné, à transmettre son groupe.

Pour autant, même plus musclé, Faurecia reste confronté au grand défi de toute l’industrie automobile : le passage aux véhicules électriques, dont la part de marché a été multipliée par cinq en deux ans, pour frôler les 12 %. Or la fin annoncée des moteurs essence et diesel menace un quart des 400 000 emplois de la filière auto française.

Las, aucun des grands équipementiers français n’est, à ce jour, présent dans la production de batteries. Parce qu’elles représentent jusqu’à un tiers de la valeur des voitures électriques, les constructeurs s’en saisissent en direct, pour sortir de leur dépendance aux fournisseurs chinois. L’acquisition d’Hella, spécialiste de la gestion d’énergie embarquée, est déjà un atout pour Faurecia, qui mise également sur la pile à hydrogène, technologie alternative à laquelle Patrick Koller croit beaucoup.

 

Pourquoi Faurecia met-il la main sur Hella ?

Au début de l’année 2021, Faurecia a tourné une page importante de son histoire. L’équipementier s’est séparé de son actionnaire historique, le groupe PSA, qui détenait 44% du capital. Le constructeur automobile français, dilué dans sa fusion avec Fiat-Chrisler et la naissance du groupe Stellantis, ne voyait plus ce partenariat comme stratégique.

Après plusieurs mois d’atermoiements au sein de la nouvelle alliance au sujet de l’avenir de l’équipementier, la séparation a ouvert de nouvelles perspectives pour Faurecia. En effet, ne plus être lié à un constructeur automobile a levé les craintes de conflits d’intérêts, ouverts de nouvelles opportunités commerciales et surtout permis d’envisager des opérations de rachats probablement impossibles avec un si pesant actionnaire.

Désormais libre, le groupe est également porté par des résultats financiers solides. Pour l’année 2020, en pleine crise sanitaire, Faurecia a revendiqué un record de prises de commande, à 26 milliards d’euros. Et au premier semestre 2021, l’entreprise a enregistré une marge opérationnelle robuste de 6,6%. C’est seulement 0,6 point de moins par rapport aux premiers semestres 2019 et 2018. Le free-cash flow (flux de trésorerie) est même supérieur à 290 millions d’euros contre 257 millions sur les six premiers mois 2019.

Fort de cette résilience, contre la crise sanitaire et ensuite face à la pénurie de semi-conducteurs qui affecte toute la filière, désormais libre dans sa stratégie, Faurecia a donc jeté son dévolu sur l’entreprise allemande Hello, dont la valorisation totale, à 6,7 milliards d’euros, est supérieure à la capitalisation boursière du français (5,9 milliards d’euros).

Faurecia a notamment profité du développement maximal atteint par son rival Hella. Les actionnaires familiaux allemands, qui avaient décidé de vendre leurs participations, ont expliqué dans un communiqué que Hella avait atteint une taille qui nécessitait des compétences externes, au-delà de la famille fondatrice.

Les synergies envisagées sont nombreuses entre les deux entreprises, hier concurrentes. La fusion, prévue pour début 2022, devrait permettre au groupe d’avoir « une meilleure efficacité opérationnelle, d’améliorer sa base de clients » mais aussi « d’atteindre une taille critique » pour les produits centraux, comme les sièges et les phares, tout comme pour les produits en croissance, comme l’électronique ou les logiciels, jugent aussi les analystes d’AlphaValue.

« Plus d’électronique »

Pour M. Koller, cette opération signifie « plus d’électronique, plus de software [les logiciels intégrés aux véhicules, NDLR] », mais aussi « une vraie présence » sur le segment des systèmes d’aide à la conduite (Adas). Ces aides électroniques, qui peuvent par exemple aider la personne derrière le volant dans ses manoeuvres, sont selon Patrick Koller « des compétences stratégiques, et surtout les premiers pas vers la conduite autonome ».

« Il va falloir franchir ces pas pour aller tout doucement vers cette voiture autonome, qui coûte encore trop cher », a-t-il assuré. Avec cette opération, Faurecia compte également diminuer sa dépendance au moteur thermique de 25% en 2020 à 10% en 2025. « En plus de l’aspect stratégique, nous avons stabilisé notre actionnariat », revendique Patrick Koller. La famille propriétaire de Hella devrait en effet prendre 9% du capital de Faurecia, a-t-il indiqué.

Faurecia, toujours freiné par la pénurie de semi-conducteurs au premier semestre, espère revenir « en capacité de croissance » au deuxième semestre 2022.

Entreprise en parfaite santé

Plusieurs acheteurs étaient en lice : les concurrents allemands Knorr-Bremse et Mahle et le français Plastic Omnium avaient fait valoir leurs atouts. Mais c’est finalement l’offre de Faurecia, dirigé par le Franco-Allemand Patrick Koller, qui a conquis le cœur des Hueck. Comme souvent en Allemagne dans les questions de cessions d’entreprises familiales, ce sont les arguments des valeurs et du maintien des emplois, à côté des logiques industrielles, qui l’ont emporté sur les arguments strictement financiers.

 

Edthan